Autrefois traité principalement comme une surface de marque ou un centre de coûts, l’emballage alimentaire devient aujourd’hui un point névralgique pour l’action climatique, l’application réglementaire et la résilience opérationnelle. Des épiciers qui testent des systèmes de contenants réutilisables aux jeunes entreprises qui commercialisent des bioplastiques compostables, l’économie de l’emballage entre dans une nouvelle phase.
Ce virage est clairement visible dans la programmation du RCIA. Depuis 2021, l’emballage alimentaire représente 11 % de toutes les demandes soumises aux programmes et près de 1,8 M$ en financement accordé, ce qui en fait l’un des domaines d’innovation les plus actifs et les plus constants de notre portefeuille d’innovation — derrière seulement les aliments et ingrédients de nouvelle génération, le gaspillage alimentaire et les technologies de cuisine pour le nombre total de demandes.
Ce niveau élevé d’engagement reflète un besoin de solutions qui s’accélère et qui touche l’ensemble du secteur. À mesure que les cadres de responsabilité élargie des producteurs (REP) s’implantent dans les provinces et que les exigences des détaillants se resserrent autour de la recyclabilité et de la compostabilité, les entreprises alimentaires cherchent à préparer leurs emballages pour l’avenir avant la prochaine vague d’application réglementaire, de changements d’infrastructure et d’examen par les consommateurs.
Pourquoi l’emballage passe au premier plan
Les points de pression s’accumulent. Au Canada et ailleurs, de nouvelles normes d’emballage sont façonnées par:
- des règlements de REP qui transfèrent les coûts de recyclage aux producteurs et pénalisent les formats non recyclables;
- des exigences des détaillants et des entreprises de produits de consommation emballés qui demandent que les emballages de marque privée soient entièrement recyclables, réutilisables ou compostables d’ici 3 à 5 ans;
- la volatilité des prix des résines et des intrants liée aux marchés pétrochimiques;
- les restrictions municipales visant les sites d’enfouissement et la pression des consommateurs pour réduire les déchets à la source;
- des cibles carbone qui incluent maintenant les émissions d’emballage de portée 3 dans la comptabilité ESG.
Parallèlement, l’infrastructure traditionnelle de recyclage du plastique au Canada est de plus en plus perçue comme coûteuse et inefficace. Avec moins de 16 % des emballages plastiques actuellement recyclés, et des emballages compostables qui manquent de systèmes de fin de vie appropriés, l’écart entre l’« intention » de l’emballage et son impact devient de plus en plus visible.
Cette convergence de facteurs explique pourquoi l’innovation s’accélère non seulement dans les matériaux, mais dans l’ensemble du système d’emballage — de ce qui est utilisé, à la façon dont les emballages circulent, jusqu’à leur destination finale.
La frontière de l’innovation canadienne en emballage alimentaire
Deux des premiers lauréats Foodtech Frontier 25 du RCIA font partie des innovateurs qui contribuent à définir ce nouveau paysage de l’emballage.
A Friendlier Company (Guelph, Ont.) s’est concentrée sur la réduction de la dépendance aux emballages alimentaires à usage unique en déployant un système de contenants réutilisables appuyé par la traçabilité numérique et une logistique contrôlée. Le modèle fonctionne dans des environnements définis, comme les campus et les services alimentaires institutionnels, où la circulation et le retour des contenants peuvent être gérés de façon prévisible. En gardant le contrôle de la boucle d’emballage, le système réduit l’exposition à l’incertitude des flux de déchets et aux coûts de conformité continus associés aux articles jetables.
Freshr Sustainable Technologies (Dartmouth, N.-É.) travaille sur des approches intégrées à l’emballage visant à prolonger la durée de conservation dans les catégories d’aliments périssables. Dans les segments où la détérioration contribue fortement aux pertes de marge, un emballage qui améliore la stabilité des produits a une incidence directe sur la performance opérationnelle. L’adoption est stimulée par la réduction des pertes et du gaspillage, et non seulement par les considérations de fin de vie.
L’élan d’investissement dans l’innovation en emballage alimentaire
Ces deux entreprises sont des exemples phares de l’innovation canadienne en emballage alimentaire, mais elles ne font pas figure d’exceptions. Elles signalent un changement de marché — et le financement public joue un rôle catalyseur.
Depuis 2021, les projets financés par le RCIA ont contribué à débloquer plus de 82 M$ en investissements privés subséquents, amplifiant notre soutien initial de 23,3 M$ aux stades précoces dans l’ensemble des domaines.
Dans le secteur de l’emballage plus précisément, cela comprend des entreprises comme Freshr, qui a récemment clôturé une ronde de financement d’amorçage sursouscrite. Et les données macroéconomiques soutiennent cet élan. Le marché canadien de l’emballage durable devrait croître à un TCAC de 6,3 % de 2023 à 2033, porté par la demande des entreprises nationales de produits de consommation emballés et des acheteurs internationaux. Les polymères biosourcés, les emballages à base de fibres et les matériaux recyclés avancés connaissent tous une croissance à deux chiffres, particulièrement dans des applications comme les repas prêts-à-manger, les boissons et les fruits et légumes frais.
Les exigences des détaillants créent également une nouvelle demande : Walmart Canada, Metro et Loblaw se sont chacun engagés à éliminer progressivement les plastiques difficiles à recycler et à intégrer plus de 30 % de contenu recyclé dans les emballages de marque privée — ce qui crée une urgence dans la chaîne d’approvisionnement et des occasions de marché pour les innovateurs canadiens capables d’offrir de vraies solutions.
Qu’est-ce qui freine encore l’innovation en emballage?
Malgré cet élan, la mise à l’échelle demeure difficile. Le Canada fait face à plusieurs obstacles structurels qui empêchent même les innovations en emballage les plus prometteuses d’atteindre une adoption généralisée :
- un manque de capacité de production nationale de biopolymères, surtout pour les résines compostables de qualité alimentaire comme le PHA;
- une infrastructure de recyclage et de compostage insuffisante, alors que la plupart des emballages compostables finissent encore dans les sites d’enfouissement;
- des normes de certification et d’étiquetage incohérentes, qui alimentent la confusion et l’écoblanchiment;
- des obstacles liés à l’approvisionnement chez les détaillants, notamment des projets pilotes coûteux, des cycles décisionnels lents et des cadres d’essai rigides;
- la concurrence des prix des plastiques vierges d’origine pétrochimique, qui demeurent artificiellement bas;
- des modèles de financement limités pour la construction d’installations et la mise à l’échelle de la fabrication.
En bref : l’avenir de l’emballage n’est pas limité par l’imagination ou la technologie — il est limité par l’infrastructure, les incitatifs et les systèmes.
Bâtir l’avantage canadien en emballage
Si ces contraintes peuvent être levées, le Canada a l’occasion de jouer un rôle de chef de file à l’échelle mondiale.
Grâce à des capacités biotechnologiques de calibre mondial, à une abondance d’intrants potentiels biosourcés et à une base croissante de jeunes entreprises en technologies alimentaires, le Canada est bien placé pour devenir un exportateur de matériaux, de systèmes et de propriété intellectuelle en emballage durable. Mais pour y arriver, il faudra des investissements coordonnés dans :
- la fabrication nationale de matériaux d’emballage recyclés et biosourcés
- des normes et des certifications qui accélèrent l’adoption plutôt que de créer de la confusion;
- des cadres de REP qui récompensent la recyclabilité et la réutilisation par des coûts plus faibles;
- des modèles d’approvisionnement qui réduisent les risques des essais pour les détaillants et les fournisseurs de services alimentaires.
Ultimement, l’évolution de l’emballage alimentaire façonnera non seulement les flux de déchets, mais aussi la productivité du système alimentaire, la compétitivité commerciale et les résultats climatiques. Dans les années à venir, les nouveaux matériaux d’emballage détermineront quelles entreprises pourront répondre aux exigences d’exportation, mettre leur logistique à l’échelle efficacement et offrir des produits alignés sur les valeurs des consommateurs et les attentes réglementaires.